Idée reçue n°1: le bibliothécaire lit au travail

On touche là une des grandes frustrations du bibliothécaire : parcourir de manière superficielle un grand nombre de documents, que ce soit pour le catalogage, le rangement, le prêt/retour, les commandes, les recherches bibliographiques sans avoir le temps de les lire ni de les approfondir. Le bibliothécaire lit au travail : il survole des titres et des éditeurs, extrait d’un résumé des mots-clés et tout en manipulant un document, se fait parfois quelques réflexions (« tiens, on m’avait demandé des livres d’art pour les enfants, celui-là pourrait correspondre », « celui-là je crois que je vais le mettre sur ma carte », « pour l’heure du conte, ça pourrait le faire »). Et le bibliothécaire se retrouve avec le bureau en désordre, et plein de documents recouverts de post-its : « Eymeric », « voir pour animation petits », « livres art classe de Mme X », « idées animations collège », « biblio bébés lecteurs ». Documents que le bibliothécaire n’aura même pas le temps de lire/écouter/visionner, soit qu’un arrivé de dernière minute lui aura volé la vedette (« Je t’ai réservé la dernière saison de TelleSérie, dès que j’ai fini de l’équiper je te l’apporte », traduisez : je vais arriver avec des valises sous les yeux demain matin ou sa variante moins plaisante: « Une lectrice nous as dit que le DVD de Tchoupi passait pas sur son lecteur, tu peux le prendre et me dire si on l’envoie à la manutention ? »), soit qu’il a simplement les yeux beaucoup plus gros que le ventre.

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Ces années blanches – Julie Jacob-Coeur

Julie JACOB-COEUR. Ces années blanches, éd. Thierry Magnier, avril 2011.

Un livre qui aborde le quotidien d’une adolescente, Marie, avec sa soeur à « problèmes », Rose. Soeur qui accapare l’attention de toute la famille mais qui, finalement, apparaît de façon très indirecte dans ce court roman, et dont on n’entend très peu la voix. Car là n’est pas l’essentiel, et c’est l’originalité de ce texte: ne pas se centrer sur l’itinéraire de la fille à « problèmes » mais sur celui de sa soeur, et son apprentissage de la vie en autonomie, rendu nécessaire par une famille qui la délaisse, accaparée par les crises de Rose (que l’on sait, plus loin dans le roman, aux prises avec l’alcool puis la drogue).

Le roman se centre également beaucoup sur sa manière de gérer ses relations avec sa famille, dans un tel contexte, et j’ai particulièrement apprécié le fait que, contrairement aux attentes, Marie ne va pas vers une réconciliation, mais vers une progressive rupture, qui commence par des réflexes de protection et d’indifférence vis à vis de ses proches, et notamment de sa soeur. La vérité est assez difficile à accepter mais très juste, et se répète avec d’autres personnages du roman en proie à une situation similaire: accepter l’idée de se détacher de quelqu’un que l’on ne peut pas aider, et qui empêche sa propre évolution.

On est parfois en désaccord avec l’héroïne, on aurait envie qu’elle renoue le dialogue avec Rose et c’est, à mon sens, ce qui fait de Ces années blanches un bon livre: il ne se laisse pas lire sans susciter des réactions, des écarts avec ce que le lecteur attendrait de l’histoire. Ajoutons à cela une structure originale, non-linéaire, qui fonctionne par courts-chapitres assez déconnectés les uns des autres, sous forme d’anecdotes, de scènes.

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Pianocktail et piano en ballade à la bibliothèque de la Méjanes

"Le Promeneur de piano" performance-spectacle à la Méjane par la Compagnie La Rumeur

A dix heures, ce samedi matin, un buffet était dressé dans l’allée centrale de la Méjanes. Petit déjeuner offert aux visiteurs de la bibliothèque, à l’occasion de ses 201 ans. On attend aussi un spectacle, sans savoir où il se tient. La réponse nous est donnée par une voix, qui résonne au bout de l’allée. Vision fantaisiste : la procession d’une chanteuse lyrique, en robe et chapeau noir de veuve, suivie d’un piano rose, tabouret en zèbre, et sa pianiste, montés sur roue. Ils s’avancent dans notre direction, jouant comme si de rien n’était, des airs du répertoire classique, tels que le célèbre « L’amour est un oiseau rebelle » de Carmen.

Plus tard, le piano refait son apparition dans la salle principale de la bibliothèque, au milieu des usagers venus pour lire ou travailler et qui relèvent la tête, amusés. Une manière inhabituelle d’investir l’espace que proposait déjà la Méjanes, avec la tenue de concerts ou de pièces de théâtre directement entre les rangées d’étagères. Une entrave à la règle du silence et de l’ordre, associée, pour beaucoup, à l’image de la bibliothèque ? A vrai-dire, la Méjanes est un lieu de travail mais aussi de divertissement et de vie. Les différentes salles qui la compose reflètent ces usages : ainsi le piano à roue n’est-il pas venu troubler la salle d’étude, où le silence est d’or.

Ce qui apparaît, au travers des animations proposées pour ces 201 ans, est une prévalence pour des activités participatives, où les bibliothécaires se placent au niveau de leurs usagers, en privilégiant les discussions et les quiz aux conférences, les ateliers aux spectacles. Ce, tout en s’appuyant sur les collections : ainsi le quiz cinéma et littérature s’appuie sur la projection d’extraits de films empruntables à l’espace audiovisuel, et un débat accompagne la consultation faite il y a quelque temps par la bibliothèque sur les livres préférés des usagers, dont le classement est affiché à l’entrée.

Le choix de la Compagnie la Rumeur, qui propose justement des spectacles en tout lieu sauf en salle de concert, rejoint cette idée de participation. Après Promeneur de piano vient le Pianocktail: les visiteurs sont invités à déguster des cocktails fabriqués par un piano. Le principe ? Si vous aimez Boris Vian, vous le connaissez sûrement. Un piano dont les touches sont reliées à des tubes, qui délivrent quelques gouttes de boisson chaque fois qu’elles sont frappées. Lorsqu’un verre est rempli d’un assemblage de notes, un cocktail unique est crée, au goût de « la Javanaise » ou des Beatles, et un serveur l’offre à un membre du public. Un anniversaire de la bibliothèque (des usagers).

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Le site de la Méjanes – Cité du livre d’Aix-en-Provence

Le site de la Compagnie La Rumeur

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Laterna Magica: Sarah Moon, la place aux hasards

Affiche de l'édition 2011 de Laterna Magica - du 24 novembre au 24 décembre à Marseille

Jeudi 24 novembre, une porte sur l’imaginaire s’est ouverte, pour une durée d’un mois : c’est la huitième édition de Laterna Magica ! Nous étions à la rencontre avec Sarah Moon et Katy Couprie à la bibliothèque de l’Alcazar, qui inauguraient l’exposition « Le livre, l’enfant et la photographie ». Court retour d’impressions.

Sarah Moon revient sur cette photo magique, où une mouette saisie dans son vol, la tête nette et les ailes floues, fixe l’objectif. Comme si la mouette m’avait vue la première, dira la photographe, qui précisera ensuite que le cliché est un de ses seuls instantanés. Car elle travaille presque exclusivement à partir de décors, de mises en scènes. Pourtant, il serait réducteur de dire que le hasard, l’imprévisible magie, n’a pas de place dans son univers, et c’est là le paradoxe.

Si la mise en scène est la base du travail, l’imprévu survient dans la fabrication de l’image, découle d’accidents. Une autre photographie représente des palmiers et une structure métallique. Au développement de la photographie, le ciel s’est dégradé, des trous sont apparus. Pour Sarah Moon, tout « s’est dramatisé tout seul ». Le polaroïd noir et blanc avec négatifs a été l’un des supports privilégiés de son travail, parce qu’il permet justement ce type de dégradation, au hasard et au temps de laisser sa trace sur la photographie.

Le photographe n’a pas une maîtrise totale sur son support, les mises en scènes de Sarah Moon ressemblent alors à des rituels chargés d’invoquer la magie du hasard. A découvrir jusqu’au 21 janvier à la Bmvr de l’Alcazar.

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Le site internet de Fotokino, association à l’origine de Laterna Magica: http://fotokino.org/ ainsi que le programme.

Un article de Fabien Simode, dans l’Oeil (octobre 2008) sur un autre « instantané » de Sarah Moon.

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Grains de sel, le festival du livre et de la parole d’enfant

Affiche du salon Grains de sel

Depuis l’année dernière, mon master est associé au salon du livre jeunesse d’Aubagne, dans le cadre d’un stage d’une durée de six jours. Le salon s’étendait cette année sur quatre jours, du 17 au 20 novembre, et regroupait une quarantaine d’éditeurs sur trois lieux, au centre-ville d’Aubagne. Une nouveauté, puisque les années précédentes le salon était installé dans un centre des congrès, en périphérie de la ville. Un changement que notre classe a ressenti : nos équipes se sont encore plus resserrées que jusqu’alors autour des trois librairies responsables de chacun des trois salons, l’Alinéa, l’Etoile bleue et La librairie du lycée. Nous ne nous sommes, pour certains, pratiquement pas vus de toute la semaine qui couvrait la durée de notre stage. La raison invoquée était une plus grande ouverture de la manifestation aux habitants d’Aubagne. Le salon excentré attirait, effectivement, un public qui avait la volonté de le visiter et de faire le déplacement, donc d’initiés. Alors qu’un salon à proximité des habitations attire d’avantage les curieux et les badauds, un public moins familier de ce genre de manifestations. Pour l’occasion, le salon à changé de nom pour s’intituler « Grains de sel, le festival du livre et de la parole d’enfant ». Une manière de mettre le public enfantin au cœur de la manifestation, ce qui est confirmé depuis de nombreuses années avec les journées du jeudi et du vendredi, ouvertes à de nombreuses visites de classes et rencontres.

Pour la deuxième année consécutive, j’ai souhaité être au stand des éditions Sarbacane. D’abord, parce que j’ai eu le coup de foudre l’année dernière pour la production éditoriale de cet éditeur indépendant. Chacun de leurs livres semble avoir une personnalité, d’où découle un format, un objet différent. Moi, j’attends de Davide Cali et Serge Bloch, qui parle à la fois du caractère éphémère des relations et de l’éternel retour, est illustré avec un fil rouge, qui s’étend sur le format à l’italienne de l’album, se retrouve en nœud dans les cheveux de la mère du personnage, où dans ses mains, figurant une rose offerte à sa compagne. Les enquêtes de Mirette de Fanny Joly et Laurent Audouin, au format carré, comportent des rabats, qui ajoutent au caractère composite des albums, comportant des blocs de récit, de la bande dessinée et même des images animées (dans Mic Mac à New York, le lecteur voit l’avion évoluer lorsqu’il ouvre un des rabats). On est loin des collections où tous les livres s’alignent suivant un même format, d’ailleurs ranger les albums sur une table relève d’un véritable jeu de puzzle.

Au milieu de cette hétérogénéité, on retrouve des éléments communs à tous les albums Sarbacane. Le choix de l’originalité dans les textes, qui s’éloignent pour certains de la narration et comportent une forte dimension poétique. C’est le cas de Les hommes n’en font qu’à leur tête de François David et Olivier Thiébaut, qui décline des portraits inspirés d’Arcimboldo composés pour l’un de pièces de monnaie, pour l’autre de nuages, mis en miroir avec de courts poèmes qui décrivent « L’homme qui rêve », « L’homme qui observe »…etc. Ce choix se retrouve dans la collection Exprim’, qui rassemble romans pour ados / jeunes adultes où de nombreuses plumes comme Julia Kino viennent du slam.

Pour revenir à des raisons plus prosaïques, j’ai également souhaité revenir à ce stand pour pouvoir me perfectionner par rapport à l’an dernier. Je détiens effectivement une meilleure connaissance de la production de cet éditeur et j’ai pu ainsi mieux conseiller les clients, mettre en avant de façon plus efficace les auteurs et les titres qui fonctionnent bien. Effet que je n’avais pas envisagé, j’ai également été identifié par certaines personnes à ce stand, qui ont fait le lien avec ma présence l’année dernière. Enfin, je souhaitais pouvoir comparer le chiffre d’affaires réalisé l’an dernier avec celui de cette année, et surtout les livres qui se vendaient le mieux d’une année sur l’autre.

Stand des éditions Sarbacane - Photo prise par mes soins.

Tout comme l’année dernière, j’ai eu le droit à la présence d’un éditeur Sarbacane : Emmanuelle Beulque, qui en est la directrice éditoriale. Après deux jours où j’ai été en autonomie, l’éditrice est intervenue le vendredi soir, m’aidant à refaire le stand pour le week-end, où la fréquentation est très importante et le public plus large. Disposer les ouvrages semble anodin, mais c’est un art où interviennent de multiples contraintes, qu’il faut concilier. Bien entendu la place et l’esthétique : il faut éviter les « trous », agencer les couleurs…etc. Un travail qui ressemble fortement à la mise en page me dira Emmanuelle Beulque. Ensuite, la catégorie d’âge et la création d’univers proches en terme de sensibilité : livres-questions, livres humoristiques…etc, cela en veillant à ne pas éloigner les ouvrages d’un même auteur. Enfin, les livres qui fonctionnent bien auprès du public et les nouveautés doivent être mis en avant, ainsi que ceux qui feront l’objet de séances de dédicace lorsque celles-ci ont lieu, où d’une certaine publicité sur le salon (livres lus aux enfants par les bibliothécaires, où faisant l’objet d’animations).

Bien entendu, l’art n’est pas une science exacte et l’on est pas à l’abri de surprises. Certains ouvrages mis en avant peuvent ne pas rencontrer leur public alors que d’autres ne bénéficiant d’aucune publicité (ni dédicace, ni mise en avant sur le salon) peuvent rencontrer un surprenant succès. Ce fut le cas de Vert Secret, le dernier Max Ducos, vendu en pratiquement une matinée la journée du jeudi. L’effet a été, pour ainsi dire, boule de neige, et provoqué par les enfants malgré son prix plutôt élevé pour des élèves de primaire. Les autres volumes du même auteur on eut, de manière plus mesurée, le même succès sur le week-end. Beaucoup d’enfants avaient le souvenir de leur rencontre au salon l’an dernier avec l’auteur, où avaient été initiés à son univers par leurs enseignants. Plutôt une bonne surprise quand on sait que cet auteur rend accessible des thèmes difficiles, comme l’art ou l’architecture moderne, grâce à des fictions originales : comme cet enfant qui voyage de tableaux en tableaux à la recherche de L’Ange disparu.

A ce titre, il est surprenant de constater l’intérêt des enfants, crée en grande partie par les enseignants, autour de la littérature de jeunesse, avec une connaissance parfois précise de certains auteurs et maisons d’éditions. Beaucoup jouaient le rôle d’initiateurs auprès de leurs parents. Une mère de famille m’a ainsi confié avoir été entraînée sur les stands des éditions Sarbacane et de l’École des loisirs par son fils. D’autres enfants se repéraient par auteurs ou illustrateurs parmi les titres, ce fût notamment le cas pour les livres de Max Ducos, encore une fois sous l’impulsion des enseignants. Cet auteur-illustrateur étant beaucoup apprécié dans les écoles pour les activités, au-delà du livre, qu’il peut susciter : retrouver les œuvres que le héros de l‘Ange disparu traverse par exemple. Les enfants avaient alors le plaisir de faire le résumé de chaque livre à leurs parents, et j’étais parfois obligé de les interrompre pour ne pas qu’il racontent le secret de la villa de Jeu de piste à Volubilis ! Au contraire, les parents étaient attirés par le Tom Sawyer détective illustré par Christel Espié, ou par Mes années 70 de Claudine Desmarteau, qu’ils feuilletaient en partageant des anecdotes de leur enfance.

Signe de cet échange adultes / enfants, certains adultes suivaient les lectures de leurs enfants, se montrant tout aussi « fans » qu’eux de tel auteur ou illustrateur, voire achetaient des albums pour eux-mêmes. La littérature jeunesse se lisait « à partir de » et sans fin.

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– Voir le portfolio du salon

– Site de la Librairie du lycée

– Site des éditions Sarbacane

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1e salon du livre de Sainte-Maxime

Orchestré par la librairie Lire entre les vignes, avec le concours de la municipalité, le désormais salon du livre de Sainte-Maxime est un premier essai plutôt réussi. Le public était nombreux et, bien que non spécialisé, captif et toujours ouvert aux suggestions et aux discussions avec le personnel qui tenait les stands – c’est à dire nous. Car j’ai été, en compagnie de quelques collègues de master, bénévole sur ce salon.

Abrité par le chapiteau du Théâtre de la mer, un espace de 700 m² vers le port de Sainte Maxime, le salon généraliste disposait de plusieurs stands, représentant, sans doute, les rayons les plus visités en librairie. Poches, policiers, bande-dessinée mais aussi ésotérisme et santé, en équilibre avec la mise en valeur d’écrivains locaux, et de genres moins populaires auprès du grand public (poésie). Il en était de même des animations présentées sur une scène aménagée, ou en déambulation.

D’où une adhésion de la part du public, qui a été plutôt nombreux, y compris pendant le creux du dimanche matin (finale contre les All-Blacks), réactif et toujours prompt à la conversation. J’ai particulièrement ressenti cela la journée du dimanche, lorsque je m’occupais de la jeunesse. Une vieille dame était, par exemple, toute étonnée d’apprendre que l’on puisse étudier la littérature de jeunesse à l’Université, et que des chercheurs y consacrent des travaux (je citais par là l’exemple de mon master, dont une partie des enseignements sont consacrés à la littérature de jeunesse).

Si le stand jeunesse était propice aux conversations, le stand « poches » dont je me suis occupé le samedi, était plus propice aux suggestions. Les visiteurs de la jeunesse faisaient, au final, leur choix seuls, guidés par les visuels des albums, par des références connues ou par un effet « quand j’étais petit » pour les livres de poches ou les rééditions d’albums de l’École des loisirs. Cela ne m’a pas empêché de faire, de mon propre chef, quelques suggestions.

La configuration du stand est à prendre en compte dans ce constat. Avec l’installation de chaises, de coussins, les visiteurs étaient invités à s’approprier le stand. Une bonne partie des livres, faute de place, étaient rangés sur des étagères, demandant du temps pour « fouiller ». Quelques parents se sont assis pour lire des histoires à leurs bambins quand d’autres passaient les piles d’albums au peigne fin. Il ne me restait alors qu’à créer la convivialité ou à engager la conversation à partir des livres feuilletés.

Au stand « poches », les visiteurs posaient en revanche beaucoup de questions, voire nous laissaient, à Marie (une collègue de master) et à moi, carte blanche pour choisir un livre à leur goût. Étant donné que je n’avais pas pris connaissance des ouvrages présentés avant le salon, j’ai plutôt fait du conseil par auteurs que par livres. Parfois, les visiteurs n’hésitaient pas à prendre notre relais et à se conseiller entre-eux. Si tous les libraires avaient de tels clients!

En jeunesse, les livres de poches à destination des pré-ados ont rencontré un vif succès, le public étant très friand des classiques de la littérature jeunesse. Je les avais mis en avant sur une table, en piles, au même titre que les bandes dessinées mais ces dernières ont trouvé peu de preneurs, à l’inverse de ce que je m’étais imaginé. Accompagnés de leurs parents, les pré-ados se voyaient souvent confier un petit budget. Il étaient encouragés à choisir un roman, quand ce n’était pas leurs parents qui leur disaient : « celui là je l’ai lu quand j’étais jeune ».

Les raisons de ce choix étaient, sans doute, en partie budgétaires, ce qui expliquerait l’engouement autour du stand « poches », constaté le samedi. « Effet crise oblige », comme la presse aime le dire (?). Ou tout simplement une date à la fois trop éloignée et trop proche de Noël. Pour le reste, il me manque l’appréciation des autres stands, notamment littérature, où de nombreux auteurs étaient en dédicace.

La jeunesse n’était pas en reste sur ce point, avec la présence de Dominique de Saint-Mars, l’auteure des toujours célèbres Max et Lili. Dans la même vague, mais pour un public plus jeune, Fabienne Blanchut dédicaçait ses séries des Jules et Zoé, que je ne connaissais pas, et qui ont remporté un vif succès puisque le stock prévu s’est écoulé dimanche en fin d’après-midi.

Un petit avant-goût pour moi du salon d’Aubagne, où je vais vivre une semaine chargée et exaltante… mais en tant que stagiaire. Le salon changeant de lieu et de formule, je risque de vivre, à nouveau, une « première fois ».

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Voir la vidéo du salon sur MicromaxTv

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Le faire ou mourir – Claire-Lise Marguier

MARGUIER, Claire-Lise Le faire ou mourir, éd. du Rouerge, septembre 2011. Roman ado à partir de 12 ans. Temps de lecture : 3h30 env.

« Another teen book »? Les thèmes abordés par le premier roman de Claire-Lise Marguier, et même ses grandes lignes narratives, rejoignent le lot commun de beaucoup de fictions adolescentes. Pour résumer, Dam est un garçon discret, qui ne veut pas faire de vagues. Qui n’ose pas dire non et se fait régulièrement rabrouer par sa famille ou ses camarades. Un jour, il se fait agresser par une bande de skaters et se contente de se laisser faire, quand un garçon, Samy, s’interpose pour lui sauver la mise, avant de le relever et simplement d’essuyer son visage. Un geste de simple attention pour sa personne comme il n’en a plus reçu depuis longtemps. Samy intègre Dam à sa bande de gothiques, ce qui n’est pas du goût des parents de ce dernier… Très classique vous disais-je. Mais ce serait sans compter plusieurs choses, qui font de Claire-Lise Marguier, au delà d’une auteure, une écrivaine, voire une très bonne écrivaine.

Il y a d’abord cette description extrêmement fine d’un environnement familial étouffant, que je n’ai retrouvé, à qualité égale, que dans Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides. Cette autorité parentale qui se durcit, en un mouvement contraire, à mesure que le personnage éprouve le besoin d’être libre, de se détacher de l’enfance. Cette autorité perverse, qui se justifie par le mal-être qu’elle a elle-même causée. Mal-être qu’elle identifie toujours à l’extérieur de la maison, à ce qui échappe à la compréhension des parents. Le monde hostile du dehors, ici la bande de gothiques de Dam. Alors que ce monde du dehors est ce qui lui donne des ailes. Pire encore, les parents (en fait, surtout le père) justifient également cette autorité par le besoin de faire grandir Dam, alors qu’ils ne font que l’infantiliser. Faisant de lui ce qu’il a toujours été, un garçon obéissant, qui aime ce que ses parents aiment, ne lui reconnaissant aucune liberté de choix.

Cette situation fait naître une tension qui monte crescendo dans le roman. La violence de la rébellion étouffée, des non-dits créent un poids sur la poitrine du lecteur. Tout comme Dam, nous n’avons pas la force d’agir. Nous sommes des spectateurs passifs, nos yeux butent sur la surface de la page. La proximité créée avec le personnage principal rend d’autant plus puissant le sentiment d’injustice, car celui-ci nous met en confidence, nous interpelle d’un « tu ». L’écriture est orale, précise, immersive. Le lecteur devine bien que ce type de nœud ne se démêlera pas en douceur, et l’intrigue sème quelques indices sur son dénouement probable. On est alors tiraillé entre la catastrophe pressentie et notre espoir de voir Dam s’opposer (enfin!) par la parole et parler (enfin!) de son mal-être à Samy. Ce qui justifie les deux fins alternatives.

Ce qui est intéressant à souligner, c’est que pour chacune de ces fins, l’amour de Dam pour Samy semble agir tantôt comme le moteur d’une destruction, tantôt comme le moteur d’une guérison. Véritable énergie contraire, cet amour, selon la règle, est d’autant plus pur, plus beau, que l’univers dans lequel il s’épanouit est hostile. Il est le déclencheur de la crise, qui va porter Dam au plus bas, au plus profond, et ce qu’il va lui permettre de faire face, de dépasser cet état de crise et le porter au plus haut. Ce qui fait de Le faire ou mourir un roman particulièrement intense, qui se lit le souffle coupé, le cœur battant.

Ce livre m’a été conseillé par une libraire de l’Eau-vive, qui venait faire cours à notre master. Elle a dit peu de choses du contenu, seulement qu’elle avait retenu sa respiration à certains passages, et que c’était un livre très fort. N’ayant pas lu de livre tels depuis longtemps, j’ai laissé ma curiosité me satisfaire.

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