Grains de sel, le festival du livre et de la parole d’enfant

Affiche du salon Grains de sel

Depuis l’année dernière, mon master est associé au salon du livre jeunesse d’Aubagne, dans le cadre d’un stage d’une durée de six jours. Le salon s’étendait cette année sur quatre jours, du 17 au 20 novembre, et regroupait une quarantaine d’éditeurs sur trois lieux, au centre-ville d’Aubagne. Une nouveauté, puisque les années précédentes le salon était installé dans un centre des congrès, en périphérie de la ville. Un changement que notre classe a ressenti : nos équipes se sont encore plus resserrées que jusqu’alors autour des trois librairies responsables de chacun des trois salons, l’Alinéa, l’Etoile bleue et La librairie du lycée. Nous ne nous sommes, pour certains, pratiquement pas vus de toute la semaine qui couvrait la durée de notre stage. La raison invoquée était une plus grande ouverture de la manifestation aux habitants d’Aubagne. Le salon excentré attirait, effectivement, un public qui avait la volonté de le visiter et de faire le déplacement, donc d’initiés. Alors qu’un salon à proximité des habitations attire d’avantage les curieux et les badauds, un public moins familier de ce genre de manifestations. Pour l’occasion, le salon à changé de nom pour s’intituler « Grains de sel, le festival du livre et de la parole d’enfant ». Une manière de mettre le public enfantin au cœur de la manifestation, ce qui est confirmé depuis de nombreuses années avec les journées du jeudi et du vendredi, ouvertes à de nombreuses visites de classes et rencontres.

Pour la deuxième année consécutive, j’ai souhaité être au stand des éditions Sarbacane. D’abord, parce que j’ai eu le coup de foudre l’année dernière pour la production éditoriale de cet éditeur indépendant. Chacun de leurs livres semble avoir une personnalité, d’où découle un format, un objet différent. Moi, j’attends de Davide Cali et Serge Bloch, qui parle à la fois du caractère éphémère des relations et de l’éternel retour, est illustré avec un fil rouge, qui s’étend sur le format à l’italienne de l’album, se retrouve en nœud dans les cheveux de la mère du personnage, où dans ses mains, figurant une rose offerte à sa compagne. Les enquêtes de Mirette de Fanny Joly et Laurent Audouin, au format carré, comportent des rabats, qui ajoutent au caractère composite des albums, comportant des blocs de récit, de la bande dessinée et même des images animées (dans Mic Mac à New York, le lecteur voit l’avion évoluer lorsqu’il ouvre un des rabats). On est loin des collections où tous les livres s’alignent suivant un même format, d’ailleurs ranger les albums sur une table relève d’un véritable jeu de puzzle.

Au milieu de cette hétérogénéité, on retrouve des éléments communs à tous les albums Sarbacane. Le choix de l’originalité dans les textes, qui s’éloignent pour certains de la narration et comportent une forte dimension poétique. C’est le cas de Les hommes n’en font qu’à leur tête de François David et Olivier Thiébaut, qui décline des portraits inspirés d’Arcimboldo composés pour l’un de pièces de monnaie, pour l’autre de nuages, mis en miroir avec de courts poèmes qui décrivent « L’homme qui rêve », « L’homme qui observe »…etc. Ce choix se retrouve dans la collection Exprim’, qui rassemble romans pour ados / jeunes adultes où de nombreuses plumes comme Julia Kino viennent du slam.

Pour revenir à des raisons plus prosaïques, j’ai également souhaité revenir à ce stand pour pouvoir me perfectionner par rapport à l’an dernier. Je détiens effectivement une meilleure connaissance de la production de cet éditeur et j’ai pu ainsi mieux conseiller les clients, mettre en avant de façon plus efficace les auteurs et les titres qui fonctionnent bien. Effet que je n’avais pas envisagé, j’ai également été identifié par certaines personnes à ce stand, qui ont fait le lien avec ma présence l’année dernière. Enfin, je souhaitais pouvoir comparer le chiffre d’affaires réalisé l’an dernier avec celui de cette année, et surtout les livres qui se vendaient le mieux d’une année sur l’autre.

Stand des éditions Sarbacane - Photo prise par mes soins.

Tout comme l’année dernière, j’ai eu le droit à la présence d’un éditeur Sarbacane : Emmanuelle Beulque, qui en est la directrice éditoriale. Après deux jours où j’ai été en autonomie, l’éditrice est intervenue le vendredi soir, m’aidant à refaire le stand pour le week-end, où la fréquentation est très importante et le public plus large. Disposer les ouvrages semble anodin, mais c’est un art où interviennent de multiples contraintes, qu’il faut concilier. Bien entendu la place et l’esthétique : il faut éviter les « trous », agencer les couleurs…etc. Un travail qui ressemble fortement à la mise en page me dira Emmanuelle Beulque. Ensuite, la catégorie d’âge et la création d’univers proches en terme de sensibilité : livres-questions, livres humoristiques…etc, cela en veillant à ne pas éloigner les ouvrages d’un même auteur. Enfin, les livres qui fonctionnent bien auprès du public et les nouveautés doivent être mis en avant, ainsi que ceux qui feront l’objet de séances de dédicace lorsque celles-ci ont lieu, où d’une certaine publicité sur le salon (livres lus aux enfants par les bibliothécaires, où faisant l’objet d’animations).

Bien entendu, l’art n’est pas une science exacte et l’on est pas à l’abri de surprises. Certains ouvrages mis en avant peuvent ne pas rencontrer leur public alors que d’autres ne bénéficiant d’aucune publicité (ni dédicace, ni mise en avant sur le salon) peuvent rencontrer un surprenant succès. Ce fut le cas de Vert Secret, le dernier Max Ducos, vendu en pratiquement une matinée la journée du jeudi. L’effet a été, pour ainsi dire, boule de neige, et provoqué par les enfants malgré son prix plutôt élevé pour des élèves de primaire. Les autres volumes du même auteur on eut, de manière plus mesurée, le même succès sur le week-end. Beaucoup d’enfants avaient le souvenir de leur rencontre au salon l’an dernier avec l’auteur, où avaient été initiés à son univers par leurs enseignants. Plutôt une bonne surprise quand on sait que cet auteur rend accessible des thèmes difficiles, comme l’art ou l’architecture moderne, grâce à des fictions originales : comme cet enfant qui voyage de tableaux en tableaux à la recherche de L’Ange disparu.

A ce titre, il est surprenant de constater l’intérêt des enfants, crée en grande partie par les enseignants, autour de la littérature de jeunesse, avec une connaissance parfois précise de certains auteurs et maisons d’éditions. Beaucoup jouaient le rôle d’initiateurs auprès de leurs parents. Une mère de famille m’a ainsi confié avoir été entraînée sur les stands des éditions Sarbacane et de l’École des loisirs par son fils. D’autres enfants se repéraient par auteurs ou illustrateurs parmi les titres, ce fût notamment le cas pour les livres de Max Ducos, encore une fois sous l’impulsion des enseignants. Cet auteur-illustrateur étant beaucoup apprécié dans les écoles pour les activités, au-delà du livre, qu’il peut susciter : retrouver les œuvres que le héros de l‘Ange disparu traverse par exemple. Les enfants avaient alors le plaisir de faire le résumé de chaque livre à leurs parents, et j’étais parfois obligé de les interrompre pour ne pas qu’il racontent le secret de la villa de Jeu de piste à Volubilis ! Au contraire, les parents étaient attirés par le Tom Sawyer détective illustré par Christel Espié, ou par Mes années 70 de Claudine Desmarteau, qu’ils feuilletaient en partageant des anecdotes de leur enfance.

Signe de cet échange adultes / enfants, certains adultes suivaient les lectures de leurs enfants, se montrant tout aussi « fans » qu’eux de tel auteur ou illustrateur, voire achetaient des albums pour eux-mêmes. La littérature jeunesse se lisait « à partir de » et sans fin.

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– Voir le portfolio du salon

– Site de la Librairie du lycée

– Site des éditions Sarbacane

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