Archives de Catégorie: Chroniques jeunesse

Ces années blanches – Julie Jacob-Coeur

Julie JACOB-COEUR. Ces années blanches, éd. Thierry Magnier, avril 2011.

Un livre qui aborde le quotidien d’une adolescente, Marie, avec sa soeur à « problèmes », Rose. Soeur qui accapare l’attention de toute la famille mais qui, finalement, apparaît de façon très indirecte dans ce court roman, et dont on n’entend très peu la voix. Car là n’est pas l’essentiel, et c’est l’originalité de ce texte: ne pas se centrer sur l’itinéraire de la fille à « problèmes » mais sur celui de sa soeur, et son apprentissage de la vie en autonomie, rendu nécessaire par une famille qui la délaisse, accaparée par les crises de Rose (que l’on sait, plus loin dans le roman, aux prises avec l’alcool puis la drogue).

Le roman se centre également beaucoup sur sa manière de gérer ses relations avec sa famille, dans un tel contexte, et j’ai particulièrement apprécié le fait que, contrairement aux attentes, Marie ne va pas vers une réconciliation, mais vers une progressive rupture, qui commence par des réflexes de protection et d’indifférence vis à vis de ses proches, et notamment de sa soeur. La vérité est assez difficile à accepter mais très juste, et se répète avec d’autres personnages du roman en proie à une situation similaire: accepter l’idée de se détacher de quelqu’un que l’on ne peut pas aider, et qui empêche sa propre évolution.

On est parfois en désaccord avec l’héroïne, on aurait envie qu’elle renoue le dialogue avec Rose et c’est, à mon sens, ce qui fait de Ces années blanches un bon livre: il ne se laisse pas lire sans susciter des réactions, des écarts avec ce que le lecteur attendrait de l’histoire. Ajoutons à cela une structure originale, non-linéaire, qui fonctionne par courts-chapitres assez déconnectés les uns des autres, sous forme d’anecdotes, de scènes.

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Laterna Magica: Sarah Moon, la place aux hasards

Affiche de l'édition 2011 de Laterna Magica - du 24 novembre au 24 décembre à Marseille

Jeudi 24 novembre, une porte sur l’imaginaire s’est ouverte, pour une durée d’un mois : c’est la huitième édition de Laterna Magica ! Nous étions à la rencontre avec Sarah Moon et Katy Couprie à la bibliothèque de l’Alcazar, qui inauguraient l’exposition « Le livre, l’enfant et la photographie ». Court retour d’impressions.

Sarah Moon revient sur cette photo magique, où une mouette saisie dans son vol, la tête nette et les ailes floues, fixe l’objectif. Comme si la mouette m’avait vue la première, dira la photographe, qui précisera ensuite que le cliché est un de ses seuls instantanés. Car elle travaille presque exclusivement à partir de décors, de mises en scènes. Pourtant, il serait réducteur de dire que le hasard, l’imprévisible magie, n’a pas de place dans son univers, et c’est là le paradoxe.

Si la mise en scène est la base du travail, l’imprévu survient dans la fabrication de l’image, découle d’accidents. Une autre photographie représente des palmiers et une structure métallique. Au développement de la photographie, le ciel s’est dégradé, des trous sont apparus. Pour Sarah Moon, tout « s’est dramatisé tout seul ». Le polaroïd noir et blanc avec négatifs a été l’un des supports privilégiés de son travail, parce qu’il permet justement ce type de dégradation, au hasard et au temps de laisser sa trace sur la photographie.

Le photographe n’a pas une maîtrise totale sur son support, les mises en scènes de Sarah Moon ressemblent alors à des rituels chargés d’invoquer la magie du hasard. A découvrir jusqu’au 21 janvier à la Bmvr de l’Alcazar.

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Le site internet de Fotokino, association à l’origine de Laterna Magica: http://fotokino.org/ ainsi que le programme.

Un article de Fabien Simode, dans l’Oeil (octobre 2008) sur un autre « instantané » de Sarah Moon.

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Le faire ou mourir – Claire-Lise Marguier

MARGUIER, Claire-Lise Le faire ou mourir, éd. du Rouerge, septembre 2011. Roman ado à partir de 12 ans. Temps de lecture : 3h30 env.

« Another teen book »? Les thèmes abordés par le premier roman de Claire-Lise Marguier, et même ses grandes lignes narratives, rejoignent le lot commun de beaucoup de fictions adolescentes. Pour résumer, Dam est un garçon discret, qui ne veut pas faire de vagues. Qui n’ose pas dire non et se fait régulièrement rabrouer par sa famille ou ses camarades. Un jour, il se fait agresser par une bande de skaters et se contente de se laisser faire, quand un garçon, Samy, s’interpose pour lui sauver la mise, avant de le relever et simplement d’essuyer son visage. Un geste de simple attention pour sa personne comme il n’en a plus reçu depuis longtemps. Samy intègre Dam à sa bande de gothiques, ce qui n’est pas du goût des parents de ce dernier… Très classique vous disais-je. Mais ce serait sans compter plusieurs choses, qui font de Claire-Lise Marguier, au delà d’une auteure, une écrivaine, voire une très bonne écrivaine.

Il y a d’abord cette description extrêmement fine d’un environnement familial étouffant, que je n’ai retrouvé, à qualité égale, que dans Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides. Cette autorité parentale qui se durcit, en un mouvement contraire, à mesure que le personnage éprouve le besoin d’être libre, de se détacher de l’enfance. Cette autorité perverse, qui se justifie par le mal-être qu’elle a elle-même causée. Mal-être qu’elle identifie toujours à l’extérieur de la maison, à ce qui échappe à la compréhension des parents. Le monde hostile du dehors, ici la bande de gothiques de Dam. Alors que ce monde du dehors est ce qui lui donne des ailes. Pire encore, les parents (en fait, surtout le père) justifient également cette autorité par le besoin de faire grandir Dam, alors qu’ils ne font que l’infantiliser. Faisant de lui ce qu’il a toujours été, un garçon obéissant, qui aime ce que ses parents aiment, ne lui reconnaissant aucune liberté de choix.

Cette situation fait naître une tension qui monte crescendo dans le roman. La violence de la rébellion étouffée, des non-dits créent un poids sur la poitrine du lecteur. Tout comme Dam, nous n’avons pas la force d’agir. Nous sommes des spectateurs passifs, nos yeux butent sur la surface de la page. La proximité créée avec le personnage principal rend d’autant plus puissant le sentiment d’injustice, car celui-ci nous met en confidence, nous interpelle d’un « tu ». L’écriture est orale, précise, immersive. Le lecteur devine bien que ce type de nœud ne se démêlera pas en douceur, et l’intrigue sème quelques indices sur son dénouement probable. On est alors tiraillé entre la catastrophe pressentie et notre espoir de voir Dam s’opposer (enfin!) par la parole et parler (enfin!) de son mal-être à Samy. Ce qui justifie les deux fins alternatives.

Ce qui est intéressant à souligner, c’est que pour chacune de ces fins, l’amour de Dam pour Samy semble agir tantôt comme le moteur d’une destruction, tantôt comme le moteur d’une guérison. Véritable énergie contraire, cet amour, selon la règle, est d’autant plus pur, plus beau, que l’univers dans lequel il s’épanouit est hostile. Il est le déclencheur de la crise, qui va porter Dam au plus bas, au plus profond, et ce qu’il va lui permettre de faire face, de dépasser cet état de crise et le porter au plus haut. Ce qui fait de Le faire ou mourir un roman particulièrement intense, qui se lit le souffle coupé, le cœur battant.

Ce livre m’a été conseillé par une libraire de l’Eau-vive, qui venait faire cours à notre master. Elle a dit peu de choses du contenu, seulement qu’elle avait retenu sa respiration à certains passages, et que c’était un livre très fort. N’ayant pas lu de livre tels depuis longtemps, j’ai laissé ma curiosité me satisfaire.

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Les bibliothèques du Val d’Oise disent Wii aux jeux vidéos

par kerolic, image sous licence CC. http://www.flickr.com/photos/kerolic/3589516513/

Dans le but de proposer des animations ponctuelles, mais aussi pour permettre aux bibliothécaires du Val d’Oise de s’informer et de tenter la mise en place de consoles de jeux dans leurs établissements, la bibliothèque départementale du Val d’Oise propose désormais le prêt de trois kit « jeux vidéo ». Chacun de ces kits contient une console et ses accessoires, une sélection de jeux et un écran LCD, prêtés aux bibliothèques du département.

Ce nouveau service répond à une consultation des professionnels du Val d’Oise, paradoxalement fort demandeurs d’animations autour du jeux-vidéo alors que la place de ce dernier reste minime en bibliothèque. Ainsi, sur le total des trente-cinq bibliothèques et bibliothécaires sondés, seuls un tiers mettent à disposition des jeux pour leurs usagers. Et sont trente et un à se déclarer intéressés par une politique d’aide à l’animation centrée sur le jeux vidéo.

Le sondage révèle également une envie, de la part des professionnels, de « sauter le pas ». Ces derniers souhaitant majoritairement bénéficier de formations pour découvrir l’offre de jeux-vidéos ou d’exemples d’animations pouvant être organisées autour de ce support. Les obstacles à la mise en place des jeux sont avant tout matériels. Manque d’espace, manque de moyens ressortent plus facilement que les nuisances sonores provoquées par ces derniers.

Enfin, l’aspect convivial des jeux-vidéos séduit, avec, entre autres, une forte demande autour de la Wii. La console de Nintendo, en plus de cibler un public plus large que ses concurrentes, mise avant tout sur l’interactivité et le multi-joueur. Elle a, de fait, aidé à une certaine démocratisation du jeu vidéo, en se présentant comme une console familiale, touchant des joueurs occasionnels.

Pour les bibliothèques du Val d’Oise, l’opération semble être le début d’une transition vers le jeu vidéo, et une volonté affichée de renforcer sa place en bibliothèque. Ce tout en permettant aux professionnels de tâter le terrain avant d’investir dans un support qui reste coûteux, et c’est là sans doute l’aspect le plus utile de l’opération.

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