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Le faire ou mourir – Claire-Lise Marguier

MARGUIER, Claire-Lise Le faire ou mourir, éd. du Rouerge, septembre 2011. Roman ado à partir de 12 ans. Temps de lecture : 3h30 env.

« Another teen book »? Les thèmes abordés par le premier roman de Claire-Lise Marguier, et même ses grandes lignes narratives, rejoignent le lot commun de beaucoup de fictions adolescentes. Pour résumer, Dam est un garçon discret, qui ne veut pas faire de vagues. Qui n’ose pas dire non et se fait régulièrement rabrouer par sa famille ou ses camarades. Un jour, il se fait agresser par une bande de skaters et se contente de se laisser faire, quand un garçon, Samy, s’interpose pour lui sauver la mise, avant de le relever et simplement d’essuyer son visage. Un geste de simple attention pour sa personne comme il n’en a plus reçu depuis longtemps. Samy intègre Dam à sa bande de gothiques, ce qui n’est pas du goût des parents de ce dernier… Très classique vous disais-je. Mais ce serait sans compter plusieurs choses, qui font de Claire-Lise Marguier, au delà d’une auteure, une écrivaine, voire une très bonne écrivaine.

Il y a d’abord cette description extrêmement fine d’un environnement familial étouffant, que je n’ai retrouvé, à qualité égale, que dans Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides. Cette autorité parentale qui se durcit, en un mouvement contraire, à mesure que le personnage éprouve le besoin d’être libre, de se détacher de l’enfance. Cette autorité perverse, qui se justifie par le mal-être qu’elle a elle-même causée. Mal-être qu’elle identifie toujours à l’extérieur de la maison, à ce qui échappe à la compréhension des parents. Le monde hostile du dehors, ici la bande de gothiques de Dam. Alors que ce monde du dehors est ce qui lui donne des ailes. Pire encore, les parents (en fait, surtout le père) justifient également cette autorité par le besoin de faire grandir Dam, alors qu’ils ne font que l’infantiliser. Faisant de lui ce qu’il a toujours été, un garçon obéissant, qui aime ce que ses parents aiment, ne lui reconnaissant aucune liberté de choix.

Cette situation fait naître une tension qui monte crescendo dans le roman. La violence de la rébellion étouffée, des non-dits créent un poids sur la poitrine du lecteur. Tout comme Dam, nous n’avons pas la force d’agir. Nous sommes des spectateurs passifs, nos yeux butent sur la surface de la page. La proximité créée avec le personnage principal rend d’autant plus puissant le sentiment d’injustice, car celui-ci nous met en confidence, nous interpelle d’un « tu ». L’écriture est orale, précise, immersive. Le lecteur devine bien que ce type de nœud ne se démêlera pas en douceur, et l’intrigue sème quelques indices sur son dénouement probable. On est alors tiraillé entre la catastrophe pressentie et notre espoir de voir Dam s’opposer (enfin!) par la parole et parler (enfin!) de son mal-être à Samy. Ce qui justifie les deux fins alternatives.

Ce qui est intéressant à souligner, c’est que pour chacune de ces fins, l’amour de Dam pour Samy semble agir tantôt comme le moteur d’une destruction, tantôt comme le moteur d’une guérison. Véritable énergie contraire, cet amour, selon la règle, est d’autant plus pur, plus beau, que l’univers dans lequel il s’épanouit est hostile. Il est le déclencheur de la crise, qui va porter Dam au plus bas, au plus profond, et ce qu’il va lui permettre de faire face, de dépasser cet état de crise et le porter au plus haut. Ce qui fait de Le faire ou mourir un roman particulièrement intense, qui se lit le souffle coupé, le cœur battant.

Ce livre m’a été conseillé par une libraire de l’Eau-vive, qui venait faire cours à notre master. Elle a dit peu de choses du contenu, seulement qu’elle avait retenu sa respiration à certains passages, et que c’était un livre très fort. N’ayant pas lu de livre tels depuis longtemps, j’ai laissé ma curiosité me satisfaire.

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Classé dans Chroniques jeunesse